Dhanyabad, Petite fleur

 

Dans l’État du Bihar, le long de la frontière népalaise dans le nord de l’Inde, se trouve un oasis pour les plus démunis de la Terre, ceux qui n’ont rien, ceux qui, en fait, ont moins que rien. Ils ont perdu la santé et plusieurs ont perdu des membres : doigts, orteils, mains, pieds. D’autres sont défigurés. Eux et leur famille sont les parias de la société.

Petite Fleur, une organisation partenaire de L’ŒUVRE LÉGER en Inde vient en appui aux personnes atteintes de la lèpre.

Lorsque le patron d’une boutique voit les pieds bandés de Ravindra, il le chasse comme il le ferait pour une coquerelle, avec l’approbation des clients et des passants. Chandra Devi, sa femme, s’aventure rarement hors de la colonie et lorsqu’elle le fait, elle tente désespérément de cacher son visage défiguré. Elle entoure son dupata, son écharpe, autour de ses mains et couvre sa figure labourée de cicatrices.

Mes premières images de lépreux me sont venues de la bible et des récits épiques racontés à la manière hollywoodienne par des acteurs tels que Charlton Heston. Dans ces temps bibliques, on craignait les lépreux, qui étaient considérés comme hautement contagieux. Comme Chandra et Ravindra, ils étaient rejetés de tous, tels des fantômes porteurs de maladie venus hanter leur vie sûre et paisible où les maladies telles que la lèpre n’ont pas leur place, relents d’une époque révolue.

Et pourtant, la lèpre est peu contagieuse. C’est la maladie des ultrapauvres qui vivent dans des conditions non hygiéniques et qui n’ont pas accès à des soins médicaux adéquats. Le fait que cette maladie facilement guérissable existe encore de nos jours n’a aucun sens sauf à la lumière du fait suivant : que des populations nombreuses demeurent socialement et économiquement exclues du développement économique. Ces populations sont surtout confinées à des régions que les étrangers et les classes mieux nanties du monde en développement visitent rarement, voire jamais. Elles émergent près des temples et des sites touristiques pour mendier. Le grand père, pieds et mains entourés de bandages ensanglantés, est paradé en chariot dans la foule pour susciter sympathie et aumônes. Mendier est souvent perçu comme la meilleure façon d’assurer leur subsistance, ce qui ne fait que perpétuer le stéréotype que leur attribue la société : des gens inutiles et répugnants à qui l’on jette quelques roupies simplement pour qu’ils disparaissent de notre vue et pour ne pas avoir à se rappeler que, malgré le progrès, les autoroutes et les café climatisés de Delhi et de Mumbai, la pauvreté est plus souvent cachée que vaincue.

Little Flower, « petite fleur », est une colonie de lépreux, mais je préfère l’appeler par son nom, Petite fleur, parce que je n’aime pas le terme « colonie de lépreux ». Tout d’abord, il ne s’agit pas de lépreux mais de personnes, de personnes qui vivent avec la lèpre. Et le terme « colonie » ne semble que renforcer leur exclusion sociale, une façon de plus de les isoler, de les ostraciser et de les confiner sagement dans un endroit précis.

 

Norman MacIsaac, directeur général de L’OEUVRE LÉGER, visite des patientes de l’hôpital Petite fleur, qui en accueille plus d’une centaine.

Petite fleur décrit aussi comment ils m’accueillent. Depuis 30 ans, dans un monde d’où ils sont rejetés, mon organisation, L’ŒUVRE LÉGER, les a soutenus et leur a donné des traitements, un toit et même un moyen de subsistance. Entre leurs mains jointes comme pour la prière, ils tiennent une fleur minuscule qu’ils me tendent en disant namaste. Je fais de même et prend chaque minuscule fleur dans mes mains. Nous échangeons des sourires chaleureux. Lors de ma visite de l’hôpital, je salue tour à tour chacun des patients et accepte leur minuscule fleur. Leurs pieds et leurs mains sont bandés. Certains sont âgés, quelques-uns sont jeunes. Je suis en sueur, j’avale ma salive. Devrais-je maudire le monde qui accepte sans broncher l’existence de tant de misère et de pauvreté stupide alors que nous avons les moyens de les vaincre? C’est une pensée passagère mais je n’ai pas le temps pour l’instant de m’y arrêter. J’accepte la fleur que me tend une jeune fille de 16 ans en pensant « Oh non, c’est vraiment trop jeune… » et une autre d’une femme qui semble en avoir 80. Celle-ci est défigurée et handicapée. Elle n’a plus de mains et m’a tendu sa fleur en la tenant entre les deux moignons où elle avait jadis des mains. Je la regarde dans les yeux et elle me rend mon regard. Je la remercie en hindi : dhanyabad. Je crois qu’elle ne sait pas pourquoi je la remercie. Mais je me demande pourquoi elle devrait me remercier. Après tout, je suis né dans un monde de possibilités alors qu’elle est née dans la misère la plus sordide. C’est moi qui doit être reconnaissant. Je ne vois pas des lépreux, mais une belle fille née dans l’exclusion sociale et une vieille femme qui a de l’amour à donner et qui a besoin d’amour mais qui, trop souvent, n’est définie que par sa maladie et son défigurement.

- Norman MacIsaac, directeur général de L’ŒUVRE LÉGER

 

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Un commentaire

  1. Brenda Davies dit :

    wonderful Norm. So incredibly proud of you. I wish google translate wouldnt say « it » for people
    Where are the good translaters ? This is another of some mos precious articles on Leger Foundation. Keep us posted
    Brenda :)

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