La lèpre existe-t-elle encore? J’aimerais répondre non, mais les statistiques me contredisent. Petite fleur accueille chaque mois 70 nouveaux patients. Ils sont maintenant des milliers à Sundrapur et dans les colonies avoisinantes. Grâce à Petite fleur, plusieurs d’entre eux ont maintenant un emploi significatif et un travail dont ils sont fiers. Ils siègent au conseil de l’un des nombreux comités de gestion, depuis l’unité de tissage à celles de la production laitière. Contrairement à l’œuvre caritative de Mère Teresa, ces gens ne sont pas ici pour mourir dans la dignité mais bien pour vivre dans la dignité. Ils sont la preuve vivante que même les plus opprimés peuvent contribuer utilement à la société. Aujourd’hui, ils vendent leur lait à des fournisseurs locaux et leurs foulards de soie sont recherchés par des milliers de personnes en Inde, en Autriche et au Canada.

De gauche à droite : Kabita Bhattarai (directrice générale de Little Flower), Frédérique Thomas (Vérificatrice et analyste des programmes – L’ŒUVRE LÉGER) et Norman MacIsaac (directeur général de L’ŒUVRE LÉGER). Ils visitent la communauté de Sunderpur dans laquelle se trouve l’hôpital Little Flower.
Depuis le décès du fondateur de Petite fleur l’an dernier, la nouvelle directrice assume la gestion de cette énorme entreprise, une tâche digne d’un saint. Elle nous récite la liste des besoins : des toilettes, de meilleurs logis, améliorer la qualité de la nourriture à l’hôpital et bien d’autres encore. À mesure que les services dispensés attirent un plus grand nombre de personnes, les installations peinent à suivre l’évolution des besoins. Les logis sont surpeuplés et ont besoin d’améliorations. À l’hôpital, les lits sont affaissés et devront bientôt être remplacés. Les installations sanitaires sont insuffisantes et nécessitent des investissements d’envergure.
Pendant ce temps, l’Agence canadienne de développement international a mis fin à son soutien financier à Petite fleur en 2011. L’ŒUVRE LÉGER doit maintenant se débrouiller avec des dons privés et peine à maintenir la qualité des services alors que le financement public se fait de plus en plus rare pour soutenir les efforts véritablement communautaires.
Pendant ce temps, depuis le dernier tremblement de terre, on constate une résurgence de la lèpre en Haïti et celle-ci persiste toujours dans l’ombre de l’impressionnant boom économique indien. J’ose espérer un monde d’où la lèpre aura disparu, mais je ne peux imaginer un monde sans Petite fleur. Nous devons faire bien plus pour répondre à une demande croissante et nous devons briser le cycle de la pauvreté.
Lors de ma dernière journée, les enfants me présentent un spectacle culturel avec des danses bhojpuri et rajasthani, des chansons en hindi et en anglais et même des favoris modernes tirés de Bollywood exécutés par des jeunes adolescents énergiques. L’espoir de Kabita est que Petite fleur favorise l’excellence en éducation dans ses écoles primaires et secondaires. Les enseignants discutent entre eux de méthodes d’enseignement et de la façon de les améliorer. Petite fleur a recruté un nouvel enseignant spécialisé en vue de donner à cette nouvelle génération la possibilité de briser enfin le cycle de la pauvreté. Un monde sans Petite fleur serait un monde d’où seraient absentes la plupart des personnes que j’ai rencontrées et où la lèpre continuerait de faire ses ravages. Pour moi, ce monde serait dépourvu d’espoir. C’est pourquoi je choisis d’apprécier le sourire d’une vieille femme défigurée. Je la regarde dans les yeux et lui dit : dhanyabad.
L’ŒUVRE LÉGER continue à appuyer Petite fleur, compte tenu de son importance pour cette population hautement vulnérable en situation d’exclusion sociale. En Haïti, L’ŒUVRE LÉGER reconstruit présentement l’hôpital Cardinal Léger, spécialisé dans le traitement des maladies tropicales débilitantes, et plus particulièrement la lèpre. La Fondation tient à exprimer sa gratitude pour le généreux cofinancement que l’Agence canadienne de développement international a consenti à ce projet.
La lutte contre la lèpre était une initiative locale qui a beaucoup progressé malgré les défis et le déni global qui entoure la maladie. Un merci très spécial à nos généreux donateurs qui nous appuient dans la promotion de la dignité humaine.
- Norman MacIsaac, directeur général de L’ŒUVRE LÉGER


